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8 Commentaires

  1. Bonjour Arnaud, dans votre ouvrage le monde spirituel j’ai trouvé une phrase qui me porte à vous poser une question. Vous dites
    N’oublions jamais que nombre de voies spirituelles s’orientent vers les
    ténèbres, avec succès

    Vous dites en même temps qu’il ne saurait y avoir de dichotomie entre lumière et ténèbres.

    Même en acceptant cette relativisation, certaines personnes font ils donc sciemment le choix d’une spiritualité basée sur la destruction ? Avec Kali par exemple ?

    La méchanceté, assumée comme forme de dureté, est-ce encore de la spiritualité ?

    • Bonjour Jean Daniel,
      dans la spiritualité, la lumière représente notre connaissance, et les ténèbres notre savoir devenu inconscient. On peut parler de connaissance cachée, que le conditionnement nous a appris à oublier, à refouler.
      Les voies spirituelles sont toutes détournées. Plutôt que déclencher en nous la rébellion, elles nous enjoignent au pardon, à la non-violence, à l’absence de jugement, … à une paralysie qui pourtant n’est nulle part suggérée dans les textes. C’est ce qu’on appelle l’obscurantisme. Il ne s’agit pas d’opposer la lumière à l’obscurité, mais de comprendre que dans la langage symbolique, la lumière est ce qui nous rapproche de la vision pure, et l’obscurité ce qui nous en éloigne.
      Kali, Yama, Zeus, Shiva et autres figures colériques ne sont nullement des destructeurs. Leur violence et leur colère s’opposent à l’illusion. La destruction (ou la mort) que ces dieux symbolisent est celle de la croyance, renommée conditionnement. Il est possible d’adorer Kali, ou même d’être sataniste, tout en étant intimement respectueux de la vie.
      Par ailleurs oui, méchanceté, cruauté, égoïsme… sont des choix. De libres choix. On peut être un monstre éveillé. C’est pourquoi j’insiste sur le fait que la spiritualité est un monde de pouvoir, et non de sagesse. La sagesse est l’argument mensonger qui tient les gens en respect, les faisant aspirer à un idéal absurde pendant que les “élites” politiques et religieuses commettent le pire.

  2. Bonsoir,
    je n’ai pas lu le livre et j’espère ne pas être hors sujet mais que pensez-vous de cette petite mise en garde issue de la tradition orale :

    La personne ignorante entre toutes n’est pas celle qui ne sait pas, mais celle qui ne sait pas qu’elle ne sait pas.
    Et pire encore, plus dangereuse pour les autres est “celle qui sait qu’elle ne sait pas et s’en moque”
    Femmes qui courent avec les loups – Histoires et mythes de la Femme Sauvage, de Clarissa Pinkola Estes (notes en fin d’ouvrage p 707)

    • Bonjour.
      Oui c’est ce que disent les différentes traditions. Le Vedanta parle de la réalisation spirituelle comme d’une “la fin du savoir”, Lao Tseu évoque celui qui “parle et ne sait pas”, et même Jean Gabin chantait “on sait que ne sait jamais”. Pourtant tous ces gens là parlent, et savent.
      Il est essentiel de comprendre le sens simple de ce qui nous est dit. On nous invite à ne pas confondre connaissance fondamentale et connaissance relative. La connaissance fondamentale est une vision de la réalité. Le sanskrit la nomme jnana, qui donna la gnose, mais aussi dhyana, la méditation. Méditer consiste à réfléchir. On réfléchit ensuite la réalité. Sans cette réflexion, nous répétons au lieu de refléter.
      La spiritualité ne nous entraîne vers aucune forme d’amnésie où nous ne saurions plus rien, et où tout serait pareil. Toute connaissance relative est un outil, d’utilité vitale. On sait que le feu brûle ; n’est-ce pas une connaissance ? L’illusion serait d’en faire un savoir fondamental. Dans certains cas, le feu ne brûle pas. Une connaissance arrêtée est un aveuglement, qui empêche la vision du réel.
      La spiritualité est avant tout affaire de connaissance. C’est pourquoi elle est autant écrite. Des millions de pages de textes à comprendre, à découvrir, à décrypter. Savoir qu’on ne sait pas est une véritable réalisation de l’intellect.

  3. Bonjour Arnaud,
    J’ai une question sur le chapitre “une tradition n’est pas répétition, elle est récréation” p94
    Que voulez vous dire exactement par “rapport dogmatique à l’enseignement”
    C’est du non questionnement de l’enseigné dont vous parlez?
    L’acceptation aveugle, sans remise en cause.

    Et que voulez vous dire par “une tradition est un fruit vivant et pur, prêt à périr en nous pour imprégner nos cellules de sa substance”
    Je ne saisi pas le passage du fruit qui péri et qui imprègne nos cellules.

    • Bonjour Florence, et merci pour ces questions.
      Lorsque l’enseignement spirituel ne conduit pas vers la libération, il mène vers un dogme, une fausse promesse qui fera “autorité”. Etre élève consistera alors à suivre, à répéter, à prétendre. Mais la connexion à soi, à sa pensée autonome, n’aura pas lieu. Parfois, tant qu’on ne nous a pas invités à questionner la spiritualité, nous ne la questionnons pas. C’est bien ce dont vous parlez, l’acceptation aveugle, sans remise en cause, qu’on reconnait chez les extrémistes, sans la voir tout aussi présente chez les adeptes du yoga, du bouddhisme et de toutes ces voies désormais perverties. Il est essentiel de voir la responsabilité des enseignants, qui véhiculent l’illusion et l’enfermement au lieu de faire leur travail.
      La tradition est un fruit frais, et non un fruit en conserve. Une tradition n’est pas un conservatoire. Dire qu’une tradition est vivante signifie qu’elle est sans cesse renouvelée, comme le croissant de la lune du cinquième jour, sur la coiffe de Shiva, symbolise le renouveau. On renouvelle l’approche pédagogique pour qu’elle s’aligne avec la réalité. L’enseignement spirituel est un acte d’imprégnation. C’est pourquoi il est essentiel d’être en présence de l’enseignant pour étudier, plutôt qu’à distance. Quelque chose est transmis. C’est la dimension chimique, cellulaire, de la connaissance, autant que la connexion vibratoire.

      • Merci pour ces éclairages.
        Quand vous voulez dire que le fruit péri en nous, c’est que nous digérons cet enseignement. Nous l’ingerons pour le restituer une fois qu’il a imprégné nos cellules.
        D’où l’importance de la relation entre enseignant et enseigné.
        Tel la connaissance et l’enseignement sont un fruit pur et vivant, la relation doit être tout aussi pure et vivante.
        Nous ne pouvons donc transmettre que ce qui coule en nous, ce que nous sommes.
        Mais qu’en est il d’un enseignement mal compris, l’enseignant en toute bonne fois transmettra sa compréhension avec sa sensibilité.
        Comment sentir que cet enseignement est juste?
        Si je m’adressais la question, je répondrais qu’il est juste s’il me libère, et m’ouvre à ma propre dimension intérieure, me libérant des idées préconçues, et des phrases toutes faites.

        Mais n’est il pas bon nombre d’enseignant qui se fourvoient sans le savoir, “croyant” être sur la voie de la vérité?
        (J’utilise le mot croyant à bon escient, pour le relier au sens croyance, que vous décrivez dans votre ouvrage)
        Comment savoir que ce n’est pas nous, que ce n’est pas celui que nous suivons qui se fourvoie, comment savoir si l’on est pas encore réalisé du point de vu spirituel?
        Et enfin comment savoir si l’on est réalisé?

        Ces questions me sont autant adressé qu’à vous, Socrate disait :
        “Tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien, tandis que les autres croient savoir ce qu’ils ne savent pas.”
        Merci pour ces discussions.

        • Toutes ces questions ont une “vraie” réponse. L’illusion consiste à dire et à croire que chacun(e) est libre de voir les choses à sa manière. Il n’y a pourtant qu’une réalité.
          Imaginez que les matchs de boxe n’existent plus. Il y aurait toujours des clubs de boxe, mais comment alors différencier le professeur boxeur d’expérience du simple coach sportif ? Tous les entraineurs de boxe ont un passé de compétiteur, et ont remporté des titres. Ils ont affronté l’adversité, l’adversaire, et enseignent à partir de cette expérience. Un professeur de boxe qui n’a jamais boxé, qu’enseigne-t-il ? Et si ses élèves doivent un jour se battre, ne les met-il pas en danger en leur donnant l’illusion qu’ils savent boxer ?
          C’est ce qui a lieu dans le yoga, ou globalement au sein de la spiritualité. Je propose de revenir à la méthode traditionnelle, indispensable, qui consiste à se rencontrer et à débattre. La vision du réel est simple à exprimer. Ce qui ne veut pas dire qu’elle soit toujours comprise.
          Savoir est voir. Il ne s’agit pas de déduction, mais de connexion. Quand on sait “vraiment”, on ne doute plus de savoir. On touche effectivement ce savoir dont parlait Socrate. On sait qu’on ne sait rien, c’est à dire que toute vérité est relative, dépendant de référents.

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